THE ROSEMARIE
Après New Orleans,
direction Ragley, Louisiana, un petit 'village' près de Lake Charles
pour un nouveau Workexchange afin d'aider Renee Savant, 60 ans, à
entretenir sa maison, « The Rosemarie », et son jardin.
Je ne pensais pas que la situation pouvait devenir encore plus
absurde qu'à New Orleans, mais si. Renee est une ancienne femme
d'affaires qui était à la tête d'une concession automobile en
Louisiane. Elle a fait plusieurs burn-out au court de sa carrière et
lors du dernier, elle a décidé de radicalement changer sa vie .
Enfin selon elle, elle a plutôt été remise dans le droit chemin
pour accomplir son destin : elle a rencontré plusieurs shamans
et spiritual channelers qui l'ont poussé à se reconvertir. Depuis
Renee est elle même devenue Shaman, guérisseuse, spiritual
channeler, et professeur de sexe tantric, entre autre. Elle a
également quitté son petit appartement à Frenchmen Street a New
Orleans et à retapé l'ancienne maison de sa mère qui était quasi
à l'abandon pour en faire un lieu de retraite spirituel. Elle l'a
retapé entièremen avec l'aide de nombreux workexchange et d'autres
volontaires et l'a baptisé « the Rosemarie » puis l'a
décoré quasi intégralement d'objets et de lingerie de couleur rose
ou arborant des roses… Une merveille… Malgré tous ses livres sur
le Feng shui dans sa bibliothèque, sa maison était pleine à
craquer de vieilleries et décorations en tout genre accumulées au
fil des années. S'y trouvait également ses objets shamaniques :
des grandes ailes et des plumes de rapaces, des masques, des petits
totems Des jeux de tarots traînaient dans chaque pièces. Des
portraits de Jésus et Marie ornaient les murs ; elle n'était
pas religieuse, mais se faisaient apparemment beaucoup aider par
leurs esprits ces dernières années. En faisant le ménage dans son
buffet,j'y ai également trouvé son flingue et ses munitions…;)
La salle de consultation et de lecture de tarot
Sadie Rose, le chien de Renee, rebaptisé "Sexy Sadie" par Eve et Matthieu.
A l'image de la
maison, le jardin regorgeait également de milliers d'objets kitsh en
guise de décoration : des vieilles théières, des vieux cadres
de lit, une vieille baignoire, des vieux râteaux, de petites
statuettes, … Les volontaires comme moi qui venaient l'aidaient à
entretenir la maison et le jardin en passant la tondeuse, le
weedeater (la machine à désherber), etc. J'y ai également ramassé
énormément de mûres et participé à pas mal d'ateliers de rhum ou
vodka arrangés… !
D'autres workechange
étaient déjà sur place. Un couple de Bourgogne, Eve et Matthieu et
une fille de Grenoble, Clémence. J'étais un peu déçu au début de
me retrouver avec des français mais on s'est vraiment super bien
entendus avec Eve et Matthieu. On va normalement se recroiser à
Santa Fe et en Utah.
Je ne peux pas dire que le Rosemarie était la maison la plus rassurante dans laquelle j'ai jamais été. Une grande maison un peu isolée, avec des chambres inoccupées, et de la lingerie partout.
Je ne peux pas dire qu'entendre Renee me parler des esprits du loup et de la vielle femme qu'elle voyait régulièrement se balader dans son jardin et me montrer le petit cimetière où elle avait enterré des cendres de bébés a arrangé les choses non plus.
Renee est parti deux jours au Texas pour faire des sessions de energy healing et nous a laissé seuls à la maison. On a fait la connerie de parler d'activités paranormales et de maisons hantées. Eve et Matthieu avaient visité la maison dite la plus hantée des Etats Unis. Une vieille plantation dans le Mississipi où une des esclaves avait tué ses maîtres et où l'esprit de cette esclave continue apparemment à hanter les lieux. Ils y ont rencontré des clientes de l'hôtel qui apparemment seraient rentrées en communication avec l'esprit de l'esclave et ont montré une vidéo de portable à Eve et Matthieu qui leur a apparemment donné des sueurs froides : on y voyait les clientes demander à l'esprit de se manifester en allumant et éteignant la lampe si elle était là et… c'est ce qui s'est passé ! Bref, autant dire qu'on ne faisait pas nos fiers tous seuls le soir dans le Rosemarie… !
Atelier coupe de fleur de sureau pour en faire de la vodka arrangée.
Renee avait fait dont d'anciennes bottes de cowboys à Matthieu.
Eve et Matthieu
devaient partir le lendemain de mon arrivée. Finalement, ce jour là,
un des voisins haut en couleur, Perry, un rescapé du cancer du foie,
qui buvait encore à peu près une trentaine de bières par jour a
entendu Matthieu jouer de la guitare et lui a proposé de l'emmener
enregistrer des chansons gratuitement dans le studio de Lake Charles.
Une opportunité qui n'arrive qu'une fois dans une vie. Ils sont donc
restés quelques jours de plus chez Renee. C'était étrange,
c'était comme si tous les éléments les empêchaient de quitter le
Rosemarie. Tous les jours il se passait quelque chose qui les
retenaient au Rosemarie. Le Crawfish boil, l'enregistrement, un pneu
crevé, le chien qui s'est installé à la place du conducteur et qui
refusait d'être délogé, ... On aurait dit un mauvais thriller :
« Escaping from the Rosemarie ».
AT THE "V" COUNTRY BAR
Tous les soirs, on
avait le droit avec les autres volontaires à ses cocktails. Le
vendredi soir, après nous avoir préparé 3-4 martinis à la vodka,
elle a décidé, tout excitée, de nous emmener avec Clémence au
« V », le country bar pas loin de la maison car il y
avait un concert live ! Il pleuvait des cordes. On est monté
dans la voiture, la batterie était morte. Elle a passé quelques
coup de fils en vain, puis a sauté de la voiture en hurlant « We
don't need'em men ! We can do it ourselfs girls !! »
a couru chercher le générateur, et hop, a redémarré la voiture en
hurlant de joie. On s'est mise en route. Un des essuies-glace ne
marchait plus. Il avait plu toute l'après midi et pour aller au bar
on a du rouler au milieu de torrents d'eau. Heureusement qu'elle
avait un gros pick-up. On fini par y arriver. Le bar était dans une
espèce de grosse salle des fêtes. Le parking était entièrement
blindé de pick-up. On a du, comme d'habitude montrer nos ID pour
rentrer dans le bar. Rappelons-le, il faut avoir 21 ans pour pouvoir
même entrer dans un bar ici... Clémence avait tout juste 20 ans,
mais Renée avait prévu le coup (« let me do the talking
girls ! We're going to go in as if we owned the place !
») : on avait embarqué plusieurs de mes ID (entre les français
et les américains, je commence à en avoir un paquet!) et Clémence
est rentrée avec mon passeport américain et moi avec mon permis de
conduire américain… ! A l'intérieur, que des locaux en
jeans, t-shirts ou chemises à carreaux et casquettes. Pas un seul
black bien sûr, c'était un country bar quand même. D'ailleurs, un
drapeau confédéré était accroché sur le mur (cf photo). Je me
suis faite embarquée pour danser quelques chansons. On se faisait
toutes les trois payer des coups par des hommes de tous les âges. Je ne suis pas sûre de vouloir un
jour remettre les pieds dans un Country bar mais c'était une expérience absurde et drôle. .
Concert live au "V"
AT THE CRAWFISH BOIL
Le lendemain, Renee
nous a tous emmené à un Crawfish boil auquel elle avait été
invitée par un de ses amis bikers, Snake, pour son anniversaire. Du
crawfish boil, c'est de l'écrevisse bouillie et très épicée ;
une des spécialités de Louisiane. Ça se mange souvent dans des
énormes assiettes accompagné de patates et de maïs. Moi qui n'aime
pas manger épicé, j'ai vraiment trouvé ça bon. On s'est donc
retrouvé à une fête d'anniversaire au milieu du groupe de bikers
« The Tribe », un vieux groupe de motards qui s'est formé
dans les 60's.
RENEE
Renee était vraiment top. Assez perchée. Avec un coeur en or. Mais un être assez complexe et bourrée de paradoxes. Guérisseuse naturopathe, elle n'hésitait pourtant pas à vaporiser ses fleurs et son potager de toute sorte d'insecticides (dont les noms finissaient tous en «_ator » ce qui ne peut pas être un bon signe). Elle conduisait un pick-up et n'était clairement pas portée sur la question du développement durable. Elle laissait ventilateurs, A .C et lumières allumés en permanence qu'elle soit ou non dans la maison. Absolument aucun recyclage (mais bon je crois que c'est l’État de Louisiane dans son ensemble qui ne recycle pas) et arrosait son énorme jardin deux fois par jours. Elle revenait tous les deux jours de Walmart avec une vingtaine de sacs plastiques remplis de produits surremballés et souvent chimiques. Elle pouvait se nourrir pendant plusieurs jours d'affilés de gâteaux ultra-sucrés et mangeait de la viande à tous les repas… !
Une des femmes de bikers avait un petit chiot. En discutant avec elle, elle nous apprend que c'est un mi chiot (moitié husky, moitié berger allemand) mi loup. Elle nous avoue que ce n'est pas du tout légal d'avoir des loups domestiques (sans blague) mais qu'elle en a toujours voulu un alors… Il s'appelait Bandit ! Elle avait déjà les mains déchiquetées à force de se faire mordiller par Bandit. J'aimerais bien voir qu'est ce que ça va donner quand il aura grandi… !
En partant, tous les bikers nous ont tous fait des câlins d'adieu.
Des drapeaux confédérés flottaient un peu partout. Beaucoup en avait accroché à leurs motos à côté du drapeau américain. On a un peu discuté avec eux à ce sujet ; selon Renee et certains d'entre eux, ils ne l'affichent pas pour continuer à affirmer leur soutien avec les anciennes lois esclavagistes du sud ni leur opposition au Nord mais plutôt pour honorer leurs ancêtres qui ont combattu pendant la guerre et pour ne pas oublier l'Histoire. D'ailleurs dans le country bar, le drapeau portait le message « heritage not hate ». Mais bon, selon moi, ça ne reste quand même pas anodin. Les nordistes (et beaucoup de sudistes) restent d'ailleurs profondément choqués d'en voir encore dans le sud. Apparemment il y a tout un mouvement pour retirer tous les monuments commémoratifs érigés en mémoire de la confédération. Mais beaucoup de gens y sont opposés. Même Renee semblait plutôt contre : « It's a free country. The gays are allowed to put up the rainbow flag. These people should be free to do the same thing. ». Une comparaison douteuse et choquante, mais bon, on a préféré ne pas poursuivre le débat avec Eve et Matthieu. Ça aurait fini par jeter un froid. Car mise à part ça, ces bikers étaient adorables et nous ont accueillis à bras ouverts dans leur fête, ont partagé leur nourriture avec nous et même leur gâteau d'anniversaire. J'ai rencontré des chouettes personnes, et eu des conversations super intéressantes avec plein de gens. J'ai même rencontré une nana qui avait passé ses dernières vacances à Cuba et s'apprêtait à partir en Russie pour les vacances d'été et s'enthousiasmait à l'idée de prendre le transsibérien. Pas le genre de personne que je m'attendais à rencontrer dans un tout petit village paumé en Louisiane. J'ai tapé dans l'oeil d'un vieux Biker, Monster, qui essayait de me convaincre d'aller fumer de la beu avec lui. Il a fini par me laisser son numéro. Ha.
A droite, le drapeau confédéré, à gauche, le drapeau pour mettre en garde contre quiconque (principalement le gouvernement) essayerait de mener une politique de contrôle accrue des armes à feu.
Un lieu accueillant.
Clémence et Matthieu
Au premier plan, Monster, mon prétendant.
Eve et Renée.
La clef est
d'arriver à se détacher totalement de ses propres croyances pour un
petit moment et d'analyser chaque rencontre simplement comme une
expérience.
Les gens sont
souvent très déroutants ici. Ils peuvent être à la fois les
personnes les plus gentilles et généreuse du monde et tenir des
propos incroyablement racistes ou haineux. Mr. Wayne, le voisin de
Renee passait tous les matins nous dire bonjour, savoir si on avait
besoin de quelque chose du magasin ou autre. Un vieil homme
absolument charmant. Il s'est proposé pour emmener Clémence au
Greyhound pendant l'absence de Renee. La voyant débarquer en petite
robe d'été, il lui conseille d'aller se changer (bon, en même
temps, pour le coup, il n'avait pas tort, elle avait 4 h d'attente en
plein milieu de la nuit dans la station de Greyhound de Bâton Rouge,
une des villes les plus craignos de la Louisiane…) car selon lui,
le Greyhound est 'plein de blacks', et 'tous les blacks ont envie de
coucher avec des blanches' : « I wouldn't trust any one of
those black guys on the bus. Not one of 'em ». Merci Mr. Wayne.
Sur la route du
retour, Renee nous montre l'élevage de coqs de combat chez l'un de
ses voisins. Les combats de coqs sont depuis longtemps interdits en
Louisiane mais l'amende n'est que de 25$ alors beaucoup d'éleveurs
payent simplement l'amende avant de faire le combat. Le reste des
coqs est envoyé vers d'autres Etats où la pratique est encore
légale…
Je crois avoir
rarement croisé dans ma vie des gens qui pouvaient être aussi
généreux que par ici. On s'est rendu avec Clémence chez une
voisine pour imprimer son billet. La voisine a non seulement accepté
de l'imprimer mais nous a également donné du boudin (une autre
spécialité de Louisiane) et on a dû lutter pour ne pas repartir
avec l'énorme plat de poulet qu'elle avait cuisiné pour elle et son
mari qu'elle voulait absolument nous offrir… !
Sur la route du
retour, Renee nous montre l'élevage de coqs de combat chez l'un de
ses voisins. Les combats de coqs sont depuis longtemps interdits en
Louisiane mais l'amende n'est que de 25$ alors beaucoup d'éleveurs
payent simplement l'amende avant de faire le combat. Le reste des
coqs est envoyé vers d'autres Etats où la pratique est encore
légale…
NATURAL PARK
Le lundi, on a
décidé avec les filles d'aller randonner et essayer de trouver des
alligators au parc national à quelques miles de Ragley. Seulement
deux places dans leur van aménagé alors Clémence et moi nous
sommes allongées sur leur lit tout le trajet. On a fait une super
randonnée ! La faune en Louisiane est incroyable. Des serpents,
des araignées, des lézards partout, des tortues, des armadillos,
des colibris, … Malheureusement pas d'alligators ! Pourtant,
le Ranger nous avait bien dit où chercher : à côté du
terrain de jeux, du camping et des tables de pic-nique ! (ha)
Mais ils devaient se cacher. Tant pis, j'en verrais quand je
reviendrais en Louisiane, car s'il y a une chose dont je suis sûre
c'est que je reviendrais dans ma vie.
Le dernier soir,
j'étais seule avec Renee. On a parlé de spiritual awakening et de
sexe tantric. La plus longue conversation sur le sexe que j'ai jamais
eu de ma vie. Elle est spécialisée dans le « full body
orgasm » et aide les gens à développer des techniques pour y
parvenir. J'ai retranscris entièrement notre conversation (en
anglais) si ça en intéresse certains. C'était passionnant. A
partir d'octobre elle va avoir une émission de radio avec une amie à
elle qui s'appellera « What ya mama, the bible and porn never
taught you about sex ». Je pense que je vais m'y abonner.;)
Bref, encore une
semaine haute en couleur, même si le rythme était beaucoup plus
calme qu'à New Orleans.
Et maintenant en
route pour le Texas et le roadtrip avec mon frère.














Passionnant récit et oui ...je veux bien lire la conversation sur le sex tantric mais en français.... sinon je me contenterais de l'anglais . Bon road trip !
RépondreSupprimerPS tu donnes envie