dimanche 10 juillet 2016

NEW MEXICO -THE LAND OF ENTRAPMENT, HUH, ENTCHANTMENT

NEW MEXICO

11 juin 2016,

GREYHOUND FROM DALLAS TO ALBUQUERQUE

Après avoir raccompagné notre Dodge et Clément à l'aéroport, je suis donc retournée à Dallas pour prendre mon bus de nuit pour Albuquerque, au Nouveau Mexique.
Le trajet en bus fut cocasse : en embarquant, j'ai rencontré deux frères mexicains, Johnaton et Levy, de 21 et 24 ans, avec qui j'ai passé une grande partie de la nuit à parler. Les deux étaient déjà pères de chacun un enfant de deux ans et le plus grand attendait encore une petite fille. Johnaton, le plus jeune s'est assis à côté de moi et m'a raconté intégralement sa vie de A à Z. Ils n'ont pas connu leur père qui est resté au Mexique. A l'âge de 5 ans, sa mère a été déportée au Mexique et eux ont été laissé chez une tante qu'ils ne connaissaient pas. Sa mère a finalement réussi à re-rentrer quelques années plus tard illégalement au Etats-Unis et s'est mariée avec un américain. C'est à cet âge qu'il a commencé à fumer pour la première fois. Son beau père a commencé à lui apprendre dès 8 ans la charpente. A 13 ans, lui et son frère sont devenus les gros bras d'un dealer : ceux qui cassaient la gueule des personnes qui n'avaient pas payé. Faisant bien leur boulot, ils ont été promus dealer. Vers l'âge de 15 ans, il a commencé à être addict au K2 (cannabis synthétique), qui a des effets aussi durs que la drogue dure. A 17 ans, apprenant que sa copine de l'époque venait de faire une fausse couche, il a pris sa voiture sous K2 et a eu un énorme accident. Il a été quelques semaines dans un plâtre complet ; les médecins lui ont dit qu'il ne marcherait plus jamais. Il est resté quasi 4 mois à l'hôpital. Finalement, les médecins ont tenté un nouveau type d'opération et ça a marché. Aujourd'hui, malgré quelques séquelles il vit normalement et est charpentier et tailleur d'arbres. Quelques mois après l'accident il a pris des cours du soir pour passer en avance son high school graduation (l'équivalent du bac). Cet accident lui a au moins permis d'arrêter le K2. A 19ans il devient père. *
Ils me parle ensuite de sa famille, de ses amis.
Son meilleur ami, rattaché à un assez puissant cartel, est recherché par la police mexicaine pour avoir assassiné plusieurs personnes. Il avait d'ailleurs envoyé une vidéo à John sur laquelle on pouvait le voir décapiter une personne qui devait de l'argent au cartel.
John et Levy ont plusieurs demi-sœurs dont deux jumelles. Une des jumelles est née avec une maladie rare dégénérative et les médecins ont prédis qu'à l'âge de 15 ans elle ne serait qu'un légume. Mais le prêtre de leur église est parvenu à implorer un miracle et à l'âge de 11 ans, a réussi à la faire lever de son fauteuil roulant et à marcher devant toute l'assemblée : elle était guérie. Depuis, elle est devenue majeure de son lycée et s'apprête à intégrer une école de designer graphique réputée. L'autre sœur joue d'une multitude d'instruments différents.

« Et toi, t'as eu une enfance difficile? » m'a t-il demandé. Sourire.

Mais c'était devenu un chouette type, en tout cas, ça en avait l'air, on a vraiment passé un super moment à parler. Très généreux et attentionné.

On s'est ajouté sur facebook, ce qui me permet de voir quotidiennement les post de photos de lui même tenant des mitraillettes avec pour commentaire « love gun », et « might have to use it », ce qui est toujours intéressant.




BREAKFAST WITH JASON

Toutes les personnes que j'ai rencontré m'ont dit que l'un des plus beaux Etats des Etats-Unis était le Colorado et qu'il fallait absolument que je le vois. Je devais être en Utah le 18 juin et j'ai donc décidé d'essayer de passer par le Colorado sur le chemin de l'Utah.
Après un peu de recherches, je constate qu'il n'y a pas de station de Greyhound à Santa Fe ; qu'il y a des bus qui partent d'Albuquerque pour le Colorado mais qu'ensuite je dois prendre un bus pendant 25 heures pour me rendre à St George, Utah. Je décide donc de publier une annonce ouverte sur la section de covoiturage de Craigslist pour trouver quelqu'un qui serait prêt à faire un roadtrip avec moi de Santa Fe au Sud de l'Utah en passant par le Colorado. Plusieurs personnes ont étonnamment répondu. Après ce qui m'a semblé être un millier de mails, on fini par ce mettre d'accord avec une des personnes pour faire un road trip de 4 jours de Santa Fe à Kanab (Utah), en passant par Taos, Durango, Telluride et highway 95. Il vient me chercher à la station de Greyhound d'Albuquerque et on va prendre quand même un petit déjeuner ensemble histoire de vérifier qu'il est bien net et sérieux avant de finaliser notre voyage. Il me paraît sympa, on décide donc de se retrouver 3 jours plus tard, à Santa Fe pour le départ.

En attendant, Albuquerque.



ALBUQUERQUE

Après ce qui m'a paru -et à Clément aussi- être une centaine de mails, j'ai fini par trouvé un couchsurfeur à Albuquerque. Josue. Un thésard en anthropologie très sympa vivant avec des colocs dans une maison magnifique en adobe, typiquement d'Albuquerque : pas d'étage, des murs blancs, très sobre et des puits de lumières dans le plafond du salon pour éclairer la pièce. Comme c'était dimanche, Josue a pris le temps de me montrer un peu de la ville (en oubliant totalement de me montrer « Old Albuquerque » par contre !;) ). On a passé une partie de la journée à discuter politique et société américaines et française. Il était américain mais d'origine d'Honduras et du Salvador et passait pas mal de temps a regarder des documentaires historiques et à lire sur tout type de sujet (très calé sur la Commune de Paris par exemple;) ). Une après midi très intéressante. Il m'a bien vendu Albuquerque en tout cas : une des villes les plus libérales de l’État et même de toute la région. A la convention de Trump, des milliers de personnes ont manifesté devant le Convention Center en lançant des œufs et de la peinture, etc. Dans sa rue, que des petits panneaux de Bernie Sanders plantés devant les maisons. D'Honduras, lui ne votera pas Hillary qui, en tant que secretary of state, a soutenu la junte militaire dans leur coup d'état contre le président démocratiquement élu en 2009. Trump ou Hillary ? Il ne votera pas, tant pis.










Au milieu de l'après midi, on est allé randonner avec 3 de ses amis dans les foothills d'Albuquerque. Des paysages magnifiques et étonnamment très verts. On a fini par prolonger la soirée chez l'une des amies, Raquel autour de bouteilles de vin rouge et d'un plat typiquement du coin, le Fritos Pie, un mélange des ingrédients des tacos et des chips fritos dans un même plat. Inutile de dire que c'était pour moi un régal.











SANTA FE


Le lendemain matin, lever tôt pour aller prendre le train, le « Railrunner » (en référence au dessin animé le « roadrunner » qui doit se passer au Nouveau Mexique) d'Albuquerque à Santa Fe. Pour une fois qu'il y a un bon système de transport. Ma couchsurfeuse, Tonya, la cinquantaine, archéologue, vient me chercher à la gare et me fait faire un tour guidé de la ville. Je passe ensuite l'après-midi à me balader et découvrir Santa Fe, une magnifique petite ville construite à l'espagnole (par les espagnols d'ailleurs) autour d'une large place centrale très animée où les gens s'y posent, s'y retrouvent, écoutent des musiciens de rue, y mangent le midi,… Le Nouveau Mexique est l'un des seuls Etats des Etats Unis où le pourcentage de blancs est inférieur à celui des gens de couleur. Beaucoup de latinos et encore beaucoup d'indiens y vivent. C'est d'ailleurs le second Etat, après l'Alaska qui a le plus important nombre d'indiens. Ces derniers se sont vu accorder des statuts spéciaux : ils vivent dans des pueblos, des villages la plupart du temps fait de maisons d'adobe pour lesquels faut souvent des autorisations spéciales pour y pénétrer. Ils se sont également vu accorder des privilèges pour vendre leur artisanat à certains endroits très touristiques et la plupart des commerces du coin les soutiennent en vendant également leur artisanat. Santa Fe est une ville historique très préservée, quasi entièrement construite de vieilles maison en adobe. Autrefois espagnole, les influences catholique y sont encore très présent et l'on peut y visiter la plus ancienne cathédrale des Etats-Unis.
Santa Fe est également une ville d'artistes : la ville regorge de petites galeries privées d'art et de musées. Je flâne un peu de galeries en galeries l'après-midi. Située dans la vallée de montagnes assez élevées, la température y est très douce et sèche. Je n'avais pas ressentie un climat si agréable depuis mon arrivée aux Etats Unis.
En attendant ma couchsurfeuse, je me pose dans l'herbe sur la Plaza et écoute des musiciens de rue jouer du vieux jazz. Le soir, on va manger avec Tonya dans un super petit restaurant mexicain au centre ville. Encore un bon numéro ! On s'entend très bien et on discute toute la soirée. Elle m'apprend qu'aux Etats Unis, se développent depuis plusieurs décennies les « private owned prisons » et que beaucoup de compagnies privées (de téléphonie, de services postaux,...) passent des contrats choquant avec les prisons au désavantage des prisonniers. Les Etats qui n'ont pas toujours l'argent de construire eux même des nouvelles prisons et/ou de les entretenir passent également des contrats avec les propriétaires des prisons privées pour pouvoir y envoyer leurs prisonniers. Souvent, ces contrats prévoient des « occupancy guarantee », c'est à dire que les locaux doivent y être occupés au moins à un taux de capacité de 80 à 90 % ce qui encourage les Etats à y envoyer plus de prisonniers sans quoi ils seront tenus de verser des pénalités aux propriétaires des prisons pour les lits inoccupés. Ainsi, pas mal d'Etats ont développés des lois élargissant les délits pour lesquelles pouvaient être requis des peines de prisons. Dans les prisons privées, les prisonniers doivent eux même payer pour leur « séjour ». S'ils ne le peuvent pas, la prison se tourne alors vers leurs famille et à défaut aux Etats. Certaines compagnies de téléphonies n'hésitent pas à facturer les prisonniers et leurs famille 15 à 20$ pour 15minutes de communication … Cherchant à tout prix à faire des économies, les private owned prisons n'hésitent pas à négliger la qualité de leurs services : la nourriture y est souvent pire qu'ailleurs, et le service médical de très mauvaise qualité : souvent y sont engagé du personnel médical peu ou pas qualifié. Certains refusent des médicaments aux prisonniers ou refusent de les transférer à l'hôpital par souci d'économies. Des milliers de scandales révélant la mort de prisonniers ou des blessures permanentes, ont mis en lumière la situation qui ne se serait apparemment pas améliorée.
Un article très intéressant a été publié à ce sujet : http://www.attn.com/stories/941/who-profits-from-prisoners . J'étais choquée.

Mon deuxième jour à Santa Fe était également parfait. En attendant le bus, j'ai rencontré une vieille dame avec qui j'ai sympathisée qui m'a emmené avec elle au marché où j'y ai rencontré un des musiciens de rue de la veille qui s'est trouvé en fait être un ami et faire parti du même groupe de musique que Periklis, le grec-français qui habitait avec moi au Plan C à New Orleans. Le monde est toujours aussi petit. Je l'ai retrouvé lui et les autres musiciens du groupe de Periklis, the « Speakeasy Jazz Cats » plus tard dans l'après-midi et j'ai passé l'après-midi avec eux. Entre temps, je suis allée voir le musée de Georgia O'Keefe, une des premières peintres ayant fait de l'abstrait aux Etats-Unis au début du XXe. J'ai eu un énorme coup de coeur pour ses œuvres, principalement d'aquarelles, et j'ai été le soir même m'acheter moi même un petit set d'aquarelles de voyage. On a été à nouveau manger au restaurant avec Tonya, dans un restaurant Vegan cette fois-ci ! Ça change du Texas !


THE RAILRUNNER



SANTA FE



The PLAZA 






THE CATHEDRAL










AT THE MUSEUM OF NEW MEXICAN ART






DUSTY & YUSSUF


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